SST

Le workaholisme : quand le travail devient une dépendance

Comment faire la différence entre une simple surcharge de travail et le workaholisme? Et, surtout, comment aider les personnes à trouver un meilleur équilibre entre leur vie personnelle et professionnelle?

Workaholisme : comment reconnaître et prévenir la dépendance au travail

Si la plupart des gens ressentent de la satisfaction à s’accomplir dans leur carrière, certaines personnes s’investissent plus qu’elles ne le devraient.

Mieux connue sous le nom de workaholisme, l’ergomanie est une compulsion qui pousse travailler davantage. Selon un rapport publié par Frontiers in Psychology, le workaholisme toucherait environ 15,2 % de la population.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas parce qu’on travaille 60 heures par semaine qu’on est workaholique.

« L’ergomanie est surtout liée à la façon dont on perçoit le travail psychologiquement, soit les pensées, les émotions ou encore la motivation qu’il suscite. Certaines personnes travaillent beaucoup sans ressentir d’effets négatifs alors que d’autres s’en tiennent au nombre d’heures attendu pour leur poste et font une expérience aigüe de l’ergomanie », explique Vicky S. Mérette, doctorante en psychologie du travail et des organisations.


À lire aussi : Prévenir le burnout au travail : que peuvent faire les RH ?

La technologie au service de la SST

La suite santé-sécurité SIGMA-RH, à l'aide de sa propre IA générative, centralise vos processus, automatise les rappels et vous donne une traçabilité fiable pour réduire les risques, gagner du temps et piloter la conformité (incluant la CNESST).

Découvrez la suite SST

Quelles sont les causes du workaholisme?

LA SPHÈRE, le laboratoire de recherche sur les sphères de vie et le travail de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), dirigé par Yanick Provost Savard, s’est intéressé à ce qui cause l’ergomanie.

Une étude menée auprès de 311 travailleuses et travailleurs québécois à temps plein a permis d’identifier deux facteurs pouvant mener au workaholisme :

  1. Un climat de surinvestissement : L’environnement de travail nous encourage à faire du temps supplémentaire, par exemple, pour obtenir une promotion.
  2. Les attentes de disponibilité constante : Notre supérieur immédiat nous donne l’impression qu’on doit s’impliquer même en dehors des heures de travail, par exemple, en nous envoyant des messages le soir et la fin de semaine.

Au-delà de la culture de performance qui règne dans certaines entreprises, des facteurs individuels peuvent contribuer au workaholisme. L’étude a notamment démontré que les personnes qui avaient une tendance au perfectionnisme étaient plus à risque d’expérimenter l’ergomanie.

Vicky S. Mérette explique qu’une charge de travail normale suscite généralement de l’engagement. « L’accomplissement des tâches génère des émotions positives qui peuvent même se prolonger une fois la journée terminée. »

Par contre, face à une surcharge de travail, deux réactions sont possibles :

  1. Le désengagement : « On prend une distance émotionnelle, cognitive ou physique face à notre travail. »
  2. Le surinvestissement : Plutôt que de venir de soi, l’élan qui nous pousse à accomplir des tâches provient d’une pression extérieure qu’on intègre comme une exigence. « On travaille beaucoup, pas tant par intérêt que parce qu’on ressent le besoin de performer et de répondre à certaines attentes. On veut éviter de ressentir un malaise, de la culpabilité ou de l’anxiété, ou encore d’avoir une mauvaise image de soi. »


À lire aussi : Santé des femmes au travail : un enjeu (encore !) trop sous-estimé

Comment reconnaître le workaholisme?

L’ergomanie se manifeste de différentes façons et repose sur quatre dimensions qui sont interreliées entre elles et qui peuvent être plus prononcées d’une personne à l’autre :

  1. La dimension comportementale : On consacre plus d’heures à notre travail que la moyenne de nos collègues ou ce qu’exige notre poste.
  2. La dimension cognitive : On a des pensées négatives, qui s’apparentent à de la rumination, et qui persistent même dans la sphère personnelle lorsqu’on est avec nos proches.
  3. La dimension émotionnelle : On ressent des émotions négatives face à notre travail, comme de la culpabilité ou de l’anxiété, et qui persistent même dans la sphère personnelle lorsqu’on est avec nos proches.
  4. La dimension motivationnelle : On ressent une pression de performer pour répondre à certaines attentes.


À lire aussi : Démotivation des salariés : quels signes, quelles solutions ?

Quelles sont les conséquences du workaholisme?

Des études ont démontré que l’ergomanie pouvait mener à l’épuisement professionnel et à une insatisfaction par rapport à la vie en général.

« Si tout notre temps, notre énergie et notre attention sont dirigés vers le travail, les autres sphères de notre vie vont en souffrir », fait valoir Vicky S. Mérette.

On pourrait croire à tort que les personnes workaholiques sont plus productives que leurs collègues. Le manque de repos et les émotions négatives peuvent au contraire les ralentir et démotiver. Elles ont d’ailleurs plus de chance de quitter leur emploi.


À lire aussi : Horaires atypiques : comment prévenir les risques sur la santé ?

Quel rôle peuvent jouer les RH pour prévenir le workaholisme?

Les équipes des RH ont pour mission de promouvoir la santé mentale au travail. Voici quelques actions qui peuvent contribuer à prévenir l’ergomanie :

  1. Adoptez des politiques de qualité de vie au travail (QVT) : Plutôt que de valoriser le surinvestissement et les heures supplémentaires, favorisez une culture d’entreprise saine qui offre le droit à la déconnexion.
  2. Sensibilisez à l’ergomanie : Organisez des conférences et fournissez de l’information permettant à vos équipes d’identifier les quatre dimensions de l’ergomanie. Informez vos gestionnaires sur le rôle qu’ils peuvent jouer pour prévenir ou identifier le workaholisme.
  3. Définissez clairement les attentes : Pour éviter le surinvestissement, privilégiez les descriptions de postes précises et encouragez vos gestionnaires à communiquer clairement leurs attentes liées à la performance.
  4. Ouvrez le dialogue : Mettez en place des mécanismes de rétroactions qui permettent aux employés de s’exprimer librement sur les attentes qu’ils perçoivent et qui peuvent mener au surinvestissement.
  5. Donnez le bon exemple : Évitez de faire des heures supplémentaires et d’envoyer des communications le soir, la fin de semaine ou pendant vos vacances. Faites une séparation entre les sphères professionnelle et personnelle

Les directions et les RH ont avantage à réfléchir à la culture de la performance véhiculée au sein de leur entreprise.

« Il faut revoir les modèles au sein de nos organisations et cesser de valoriser les personnes qui, malgré leur épuisement, portent l'ergomanie comme une médaille », fait valoir Vicky S. Mérette.

En favorisant la santé mentale au travail, on permet aux employés de s’épanouir et, au final, c’est l’ensemble de l’organisation qui en bénéficie.

FAQ

Qu'est-ce que le workaholisme?

Le workaholisme, aussi appelé ergomanie ou dépendance au travail, est un comportement caractérisé par un besoin compulsif de travailler. Contrairement à un fort engagement professionnel, le workaholisme s'accompagne souvent de pensées envahissantes liées au travail, d'anxiété, de culpabilité et de difficultés à décrocher, même en dehors des heures de travail.

icon plus icon minus

Comment savoir si une personne est workaholique?

Une personne workaholique consacre généralement plus de temps et d'énergie au travail que ce qui est exigé par son poste. Elle peut avoir du mal à se déconnecter, penser constamment au travail, ressentir de la culpabilité lorsqu'elle ne travaille pas et éprouver une forte pression à performer, même lorsque cela nuit à son bien-être.

icon plus icon minus

Quelle est la différence entre le workaholisme et une surcharge de travail?

La surcharge de travail est souvent liée à une situation temporaire ou à un volume de travail élevé. Le workaholisme est une dépendance psychologique au travail qui persiste même lorsque la charge de travail diminue. Une personne workaholique ressent un besoin constant de travailler, alors qu'une personne en surcharge cherche généralement à retrouver un équilibre.

icon plus icon minus

Quelles sont les causes du workaholisme?

Le workaholisme peut être influencé par plusieurs facteurs, notamment une culture d'entreprise valorisant le surinvestissement, des attentes de disponibilité constante, le perfectionnisme ou encore la pression de réussir. Ces éléments peuvent amener certaines personnes à développer une relation malsaine avec leur travail.

icon plus icon minus

Quels sont les effets du workaholisme sur la santé mentale?

Le workaholisme est associé à un risque accru d'épuisement professionnel, de stress chronique, d'anxiété et d'insatisfaction générale envers la vie. À long terme, il peut également affecter les relations personnelles, la qualité du sommeil et la capacité à récupérer physiquement et mentalement.

icon plus icon minus

IMPORTANT : Vous êtes sur notre site dédié au marché Québécois mais nous remarquons que vous êtes basé en United States. Souhaitez-vous passer à la version Canada - EN du site ?