IA et trajectoires de carrière : les compétences redessinent le futur du travail

Contrairement aux discours alarmistes, l’intelligence artificielle ne fait pas disparaître massivement les métiers : elle en redéfinit surtout le contenu… et les trajectoires de carrière.

IA et trajectoires de carrière : comment les compétences redessinent le travail

C’est ce que souligne le cabinet Gartner dans son analyse 9 Trends That Will Shape Work in 2024 and Beyond, avec un constat clé : le “collapse of traditional career paths”. Les parcours linéaires laissent place à des trajectoires plus hybrides, discontinues et évolutives.

Concrètement, les salariés naviguent davantage entre les métiers, combinent des compétences variées et ajustent leur parcours au rythme des transformations de l’IA.

Pour les DRH, l’enjeu n’est donc plus seulement d’anticiper les métiers de demain, mais de comprendre et accompagner ces nouvelles trajectoires professionnelles.

L’IA redessine les trajectoires de carrière plus qu’elle ne supprime les métiers

Des parcours professionnels de moins en moins linéaires

Les travaux récents sur le futur du travail, notamment ceux de Gartner, contribuent à déplacer le débat : l’enjeu n’est pas tant la disparition des métiers que la transformation des parcours professionnels. Là où les carrières suivaient traditionnellement une progression relativement linéaire telles que la montée en expertise, l’évolution hiérarchique ou la spécialisation, elles deviennent aujourd’hui plus mouvantes, plus transverses et moins prévisibles.

Les trajectoires professionnelles s’éloignent progressivement des modèles “tout tracés”, notamment en raison des évolutions technologiques.


Une recomposition du travail au niveau des tâches

Ce basculement s’explique en grande partie par la manière dont l’intelligence artificielle s’intègre dans le travail. Contrairement à une vision simpliste du remplacement, l’IA agit surtout comme un levier de recomposition des tâches : au sein d’un même métier, certaines activités répétitives ou standardisées sont automatisées, tandis que d’autres se déplacent vers plus d’analyse, de coordination ou de décision.

C’est donc à ce niveau qu’il faut raisonner pour comprendre les transformations en cours : ce ne sont pas les métiers qui disparaissent, mais les taches qui évoluent, se redistribuent et se combinent autrement.

Concrètement, cela se traduit par une évolution du contenu des postes :

  • certaines tâches deviennent marginales ;
  • d’autres sont accélérées par l’IA ;
  • de nouvelles responsabilités émergent, notamment autour du pilotage, du contrôle et de l’exploitation des outils.


Des trajectoires de plus en plus différenciées selon les individus

Ce phénomène crée des écarts au sein même des métiers. Deux personnes occupant un poste similaire peuvent voir leur rôle évoluer différemment selon leur capacité à s’approprier les outils d’IA et à faire évoluer leurs compétences.

Les trajectoires ne sont donc plus uniquement dictées par l’expérience ou l’ancienneté, mais aussi par l’adaptation aux transformations technologiques. Cette dynamique introduit une forme d’individualisation des parcours, où chacun construit progressivement sa place en fonction des compétences qu’il développe.

Du côté des salariés, les perceptions sont contrastées. Un Eurobaromètre récent montre que 62 % des Européens ont une perception positive de l’IA au travail et 70 % estiment qu’elle améliore la productivité, tout en exprimant des inquiétudes sur l’évolution des compétences, la charge de travail ou la sécurité de l’emploi. Le travail change ainsi de nature : l’IA automatise une partie des tâches de production ou de prédiction, tandis que la valeur se déplace vers l’interprétation, le jugement et l’interaction.


L’émergence de trajectoires hybrides et évolutives

C’est dans ce contexte que se développent des trajectoires plus hybrides. Les parcours professionnels se construisent de plus en plus par ajustements successifs, au croisement de plusieurs compétences :

  • Un développeur peut évoluer vers des fonctions liées à la data ou au MLOps.
  • Un professionnel du marketing peut intégrer des compétences analytiques et techniques.
  • Les fonctions support, quant à elles, incorporent davantage de pilotage d’outils et de coordination.

Autrement dit, les parcours ne se construisent plus uniquement par changement de poste, mais par transformation progressive du rôle et des compétences mobilisées. C’est précisément ce qui les rend à la fois plus complexes à anticiper… et plus stratégiques à accompagner pour les organisations.


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Le basculement vers une économie des compétences

Des parcours de moins en moins structurés par les intitulés de poste

Si les trajectoires professionnelles se recomposent, c’est parce que le repère central change. Ce ne sont plus seulement les métiers qui structurent les parcours, mais les compétences.

Pendant longtemps, les carrières se construisaient autour d’intitulés de poste relativement stables. Un salarié évoluait dans un métier, puis vers un autre, selon une logique de progression, de spécialisation ou de changement de niveau de responsabilité. L’intelligence artificielle vient bousculer cette approche en fragmentant les métiers en blocs de compétences mobilisables dans différents contextes.

Autrement dit, ce qui évolue aujourd’hui, ce ne sont pas uniquement les postes, mais la combinaison de compétences nécessaire pour les exercer.

Quelles compétences prennent de la valeur à l’ère de l’IA ?

Dans ce contexte, trois grandes dynamiques se dessinent :

  • D’abord, certaines compétences sont augmentées par l’IA. C’est le cas de la maîtrise des outils, de l’analyse de données, de l’automatisation ou encore de la capacité à exploiter les résultats produits par les systèmes d’IA.
  • D’autres deviennent complémentaires à l’IA. Plus les outils automatisent certaines tâches, plus la valeur se déplace vers l’interprétation, l’arbitrage, la prise de décision, la créativité ou la collaboration.
  • Enfin, certaines compétences apparaissent plus fragilisées. Il s’agit surtout de celles liées à des tâches répétitives, standardisées ou facilement modélisables, qui peuvent être absorbées plus rapidement par les outils.

Selon une analyse du McKinsey Global Institute, d’ici 2030, environ 27 % des heures travaillées en Europe et 30 % aux États-Unis pourraient être automatisées sous l’effet de l’IA générative. Ce chiffre ne signifie pas que 30 % des emplois vont disparaître. Il montre surtout que la transformation se joue au niveau des tâches et des activités quotidiennes, et donc au niveau des compétences mobilisées.

Des mobilités plus ouvertes, mais aussi plus difficiles à lire

Cette évolution ouvre de nouvelles perspectives de mobilité. Un même socle de compétences peut désormais être valorisé dans plusieurs métiers, tandis qu’un métier donné peut exiger des combinaisons de compétences très différentes selon son degré d’exposition à l’IA.

Les trajectoires deviennent donc plus ouvertes, mais aussi plus complexes à lire. Pour les salariés, il devient moins évident d’identifier une progression “naturelle”. Pour les entreprises, il devient plus difficile de raisonner à partir des seuls référentiels de postes.

Les travaux récents de l’OCDE4 montrent d’ailleurs qu’une approche skills-first devient indispensable : jusqu’à 40 % des travailleurs devront ajuster significativement leur portefeuille de compétences pour rester employables à l’horizon 2030 sous l’effet des transformations technologiques, dont l’IA.

La question n’est donc plus seulement de savoir quel sera le métier de demain, mais quelles compétences permettront de passer d’un rôle à un autre. Les trajectoires professionnelles ressemblent ainsi de plus en plus à des assemblages évolutifs, faits de transferts, d’hybridations et de passerelles.


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Un enjeu stratégique pour les RH : anticiper et structurer les trajectoires

Passer d’une gestion des postes à une gestion des compétences

Face à ces transformations, le rôle des ressources humaines évolue en profondeur. Il ne s’agit plus seulement de gérer des effectifs ou de pourvoir des postes vacants, mais de comprendre et structurer des trajectoires de plus en plus mouvantes.

Progressivement, la gestion des talents devient donc une gestion plus fine des portefeuilles de compétences présents dans l’entreprise.


Cartographier les compétences pour rendre les parcours plus lisibles

Dans ce contexte, la cartographie des compétences devient un levier central. Cette démarche est très utile pour :

  • identifier les écarts,
  • détecter les potentiels,
  • et construire des parcours de mobilité plus cohérents.

Elle permet aussi de sortir d’une gestion réactive. Au lieu d’attendre qu’un métier se transforme ou qu’une difficulté de recrutement apparaisse, l’entreprise peut repérer en amont :

  • les compétences transférables,
  • les besoins de montée en compétences,
  • et les reconversions envisageables.

Autrement dit, la cartographie des compétences ne sert pas seulement à mieux recruter. Elle vise aussi à mieux orienter, mieux former et mieux sécuriser les parcours.


Accompagner les transitions plutôt que les subir

L’autre enjeu majeur concerne la montée en compétences et la requalification. L’adaptation à l’IA ne peut pas reposer uniquement sur les individus. Elle suppose des dispositifs structurés de formation, d’accompagnement et de mobilité interne, capables de suivre le rythme des transformations.

Une enquête du programme LaborIA, piloté par le ministère du Travail et INRIA, montre qu’une large majorité des professionnels utilisant des systèmes d’IA considèrent que ces outils font déjà évoluer leurs tâches, leurs compétences et leurs savoir-faire au quotidien.

Pour les RH, l’enjeu consiste à organiser dès maintenant des transitions plus lisibles et plus sécurisées. Cela passe par :

  • la clarification des compétences attendues,
  • la valorisation des passerelles internes,
  • et l’accompagnement des collaborateurs dans leurs évolutions.


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Conclusion

L’intelligence artificielle ne signe pas la fin des métiers. Elle en transforme les contours, les équilibres et surtout les trajectoires. Ce qui change, ce n’est pas seulement ce que font les salariés, mais la manière dont ils évoluent. Les parcours deviennent plus hybrides, plus individualisés, et surtout plus dépendants des compétences mobilisées au quotidien.

Pour les RH, le défi est clair : passer d’une logique de gestion des postes à une logique de pilotage des compétences. Comprendre les passerelles, anticiper les évolutions, accompagner les transitions.

Autrement dit, ne plus chercher seulement à prédire les métiers de demain, mais à rendre possibles et visibles de nouvelles trajectoires. C’est là que se joue, aujourd’hui, la réussite des stratégies IA.


Pour aller plus loin

FAQ

L'IA va-t-elle remplacer mon métier ?

Non, pas dans la majorité des cas. L'IA transforme surtout le contenu des postes en automatisant certaines tâches répétitives, tout en déplaçant la valeur vers l'analyse, le jugement et la coordination. Ce sont les tâches qui évoluent, pas les métiers qui disparaissent en bloc.

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Pourquoi les trajectoires de carrière deviennent-elles moins linéaires ?

Parce que la progression ne dépend plus uniquement de l'ancienneté ou d'un parcours type. Elle dépend de plus en plus de la capacité de chacun à s'approprier de nouvelles compétences, notamment liées aux outils d'IA, ce qui individualise et diversifie les parcours au sein d'un même métier.

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Quelles compétences deviennent prioritaires avec l'essor de l'IA ?

Trois catégories se distinguent : les compétences augmentées par l'IA (analyse de données, maîtrise des outils), les compétences complémentaires à l'IA (jugement, créativité, collaboration) et les compétences plus fragilisées, souvent liées à des tâches répétitives et standardisées.

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Comment les RH peuvent-ils accompagner ces nouvelles trajectoires ?

En passant d'une gestion des postes à une gestion des compétences : cartographier les savoir-faire disponibles, identifier les écarts, structurer des dispositifs de formation et valoriser les passerelles de mobilité interne plutôt que d'attendre qu'une difficulté de recrutement apparaisse.

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Qu'est-ce que la cartographie des compétences et à quoi sert-elle ?

C'est une démarche qui consiste à recenser les compétences présentes dans l'entreprise pour identifier les écarts, détecter les potentiels et construire des parcours de mobilité cohérents. Elle permet aux RH de sortir d'une gestion réactive des talents.

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Quelle est la différence entre gérer des postes et gérer des compétences ?

Gérer des postes revient à raisonner à partir d'intitulés stables et de fiches de poste figées. Gérer des compétences consiste à suivre les blocs de savoir-faire mobilisables par chaque collaborateur, indépendamment de son titre, pour anticiper les évolutions et les mobilités possibles.

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